Entre les lignes

Il n’est pas de question plus bateau : « Quelle est ta couleur préférée ? »
A cela je n’ai jamais eu de réponse. Maintenant je sais pourquoi : c’est qu’aucune couleur n’existe par elle-même. Aucune n’a de valeur en soi. Elle ne peut être perçue que par rapport à ses voisines.

Je n’ai pas de couleur préférée mais qu’on me parle de l’indigo d’un ciel d’orage au-dessus des jaunes grinçants d’un champ de colza. Je n’aime guère le rose mais, plus de vingt-cinq ans après, je me souviens encore avec émotion de cette vapeur effleurant un soir un champ de neige des Franche-Montagnes au retour d’une randonnée à ski de fond. Dites « jaune pâle » et vous pensez « fadeur ». Mais évoquez le jaune à peine perceptible que l’aurore allume à l’ourlet des crêtes au fond du lac, là ou déboule le Rhône.


Les couleurs, c’est comme le goût : Je ne peux pas dire que j’aime le sel ou le poivre pour lui-même, mais je me souviendrai longtemps d’un coulis de fraises à peine tiède aux trois poivres dégusté un soir à l’ombre de la Fenice. Il faut dire que la lumière y était si belle… 

Yolande.