Soudain l’orage

La fenêtre de mon atelier, Josef Sudek, 1940-48

Nuit noire.

Le vent se lève. Les branches craquent.

Un torrent de pluie s’abat violemment sur la ville.

L’eau monte dans les rues.

Bien au chaud derrière la fenêtre de mon atelier je regarde indifférent ce déferlement de fureur.

Des éclairs lumineux déchirent le ciel.

Au loin j’entends le grondement s’amplifier de la rivière devenue torrent.

Un coup de tonnerre, plus fort que les autres me fait sursauter.

Je reviens à moi et subitement j’ai peur.

Peur du silence.

Peur que tu ne reviennes pas.

Tu es partie. Je suis seul à présent.

Une dispute de plus. Des cris. Un mot de trop.

Une main qui claque sur ta joue. Ma main.

Ton regard alors, surpris et apeuré.

Des larmes à tes paupières.

Puis ta nuque lorsque tu m’as tourné le dos.

La porte qui claque. Tes pas dans l’escalier.

Depuis le vide, le néant. J’attends.

Depuis combien de temps? Je ne saurais le dire. J’ai perdu la notion du temps.

Il n’y a plus que ton absence et le silence.

Où es tu ?

Tout à ma souffrance je ne vois alors pas le vent faiblir, la pluie se calmer, le tonnerre se taire.

Aussi vite qu’il a éclaté, le silence se fait.

Je sèche alors mes larmes.

Un bruit de clé dans la serrure. La porte qui s’ouvre en grinçant.

Je retiens mon souffle.

Ton reflet dans la vitre.

Tu me souris.

Un brouillard noir descend alors comme si toute cette furie avait été engloutie sans trace dans la rivière comme du feu.*

*L’obscurité du dehors, Cormac McCarthy, 1968

Muriel Ramaré