Là où œuvre la chlorophylle

Jardin méditerranéen

Assise sur un banc de pierre sable, décoloré par les années, elle balaie, de son index, les traces brunies de leur maturité, récemment encore noyées par les averses. Des unes, reste un damier bistre, des autres, une rouille de lichens ou encore une fadeur sombre. Elle murmure «Mon cœur», «Anarchie» en suivant du regard les lignes brisées tel un étain qui tirerait vers un bleu terne. Elle déchiffre un «pour», un «toujours» et elle soupire. Faut-il repenser toutes les amitiés ? Dans la montée en clair-obscur, des femmes bavardent, duo magenta-prune tandis qu’un citron – papillon mâle printanier – voltige de l’olivier bicolore au laurier-tin dont les baies violacées l’émeuvent. Elle diffère l’instant qui lui ferait répondre à ses questions et s’absorbe dans la contemplation du vert-jaune des gousses de la coronille glauque, fruits absurdes comme des phalanges anis qu’un plaisantin aurait articulées au sein de la masse végétale pendant que le vent, chargé des fragrances du tilleul, chatouille ses samares rousses comme un poil d’écureuil, lui chatouille les cheveux qu’elle a teints en auburn, chatouille les abeilles qui butinent de sauge en lavande. L’œil d’un peintre graverait les sensations, il étalerait sur la palette, le bronze, le pastel et l’acajou. Elle n’en a que faire et poursuit le sentier sous le plafond arboré. Les effluves éclairent la gamme chromatique de leur puissance et toilettent les feuilles à la face claire presque chlorosée et la face vert émeraude où œuvre la chlorophylle, insensible aux affaires humaines et leur tonalité ébène, métallique et mortifère.

Catherine Robert