Je ne suis pas assise

Aube à Nîmes, septembre 2019, CR

Sous le crayeux du sol, l’eau ruisselle en un silence ponctué de bavardages frivoles, de cliquetis de vaisselle et de rares aboiements. Les pigeons, ils sont partout, qui picorent les miettes sur les tables du café, se perchent sous les branches ployées des pins d’Alep ou zèbrent le ciel anthracite.

Mon grand-père chaque matin examinait les cages de ses oiseaux, ces mêmes bisets qu’il élevait pour acheminer ses messages vers ses copains. Avec les cousins, on les observait monter dans les airs avant de franchir l’Huisne et disparaître.

Peu de personnes ont défié la menace pluvieuse. Trois femmes papotent amicalement. Un homme vêtu de noir (il revient du marché, son chariot débordant de poireaux, pain et parapluie) rêvasse sous son béret, noir, lui aussi. Quand le vent se lève, les cyclistes accélèrent. Des enfants courent après les feuilles de tilleul.

– Ma fille, viens aider ta grand-mère, retire les fleurs des branches coupées. L’odeur était forte, on éternuait, on somnolait, on dérangeait les abeilles. La récolte destinée aux infusions automnales achevée, on descendrait de l’autre côté de la rivière après avoir dépassé les bicoques et leurs potagers. On entendrait les cloches. – Vite, vite, dirait mémé toute rouge et dégoulinante de sueur. Ses grosses jambes suivaient difficilement, elle s’appuyait sur mon frère qui ne tenait pas en place.

Les nîmois fréquentent les jardins de la fontaine depuis tout-petits. Enfants, ils courent dans les allées, grimpent sur les poneys,  mangent des glaces et se chamaillent. Adolescents, ils s’aiment dans les recoins sous la Tour Magne. S’assoir avec les chiens près de la grotte. Pratiquer le tai chi, plus loin la pétanque.

La ville s’éveille, en fin d’été, en ce jour immortalisé par Rembrandt par le visage du saint recopiant l’évangile sous la dictée de l’ange penché sur son épaule droite. Il est assis, le regard attentif au loin, au près de l’éternité.

Catherine Robert