Écriture pigmentée

Floraison du tilleul

Ah ! Que le temps vienne/Où les cœurs s’éprennent*

Tronc noueux.

Cicatrices indélébiles.

Larmes de sèves.

Je me tiens immobile sous un tilleul aux feuilles vert de gris. Je m’enivre du parfum entêtant des akènes bruissant au vent et du chant des oiseaux.

Joyeuse sarabande de printemps.

Vert sombre. Vert tendre. Vert topaze. Vert amande.

Le vert est partout.

Mon regard se porte alors au loin, vers ce platane, immense et majestueux, aux racines puissantes affleurant le sol, à l’écorce lisse et blanche comme une caresse. Ses branches s’élancent haut dans le ciel pour attraper le rayon qui lui donnera vie.

Ombre et lumière.

A ses pieds, l’homme à tête de cheval rit de tout.

Sur sa droite des bancs de pierre grise, usés par le temps et couverts de mousse cuivrée, attendent le soupir des amoureux.

Une petite fille à la robe aux papillons se penche au dessus du canal.

Sa robe, aérienne et soyeuse, s’envole.

Le crépitement du gravier sous les pieds des promeneurs comme une biscotte qui craque sous la dent me fait sourire.

Clap, clap, clap fait le coureur sur la poussière crayeuse du jardin.

Je m’ébroue alors et, tout en caressant d’une main légère, la rugosité poreuse des balustres, j’avance d’un pas rapide, le long du canal où des canards s’ébrouent joyeusement.

* Chanson de la plus haute Tour, Les Illuminations, Arthur Rimbaud, 1872

Muriel Ramaré