Chronique de manque annoncé – 2

Occitanie

Il est 13h30 quand nous nous retirons de notre amour. La Grande Histoire me paraît si bancale, mon bel amour. La pièce où nous nous tenons, enfin calmes, a connu les sursauts et les soubresauts de la passion. De cela il y a bien longtemps. Nous allons procéder à des démarches administratives, déposer un préavis de location, rechercher chacun un appartement, mettre nos affaires en carton, sans querelle, sans dispute, sans larme. Tu apprendras sans doute plus tard que notre histoire fut un brouillon, mon cher amour. Pour l’heur, nous nous masquons – je serais tentée de dire une fois de plus – et nous déclinons toutes les nuances du sang-froid que nous semblons posséder.

Il est 13h30 quand nous nous retirons de notre amour. On nous a tellement admirés, jeunes, beaux et dissimulés. Dès le début, le jeu avait été pipé. Nous nous prétendions l’un à l’autre. Comme peut parader l’oiseau paradisier. Aujourd’hui on nous conte les prouesses d’au-delà les océans, celles d’oiseaux fantasques, l’un dégage le sol de toute aspérité avant d’esquisser une danse, l’autre lustre, déploie et agite son plumage face à son alter ego, un troisième se racle le gosier avant d’entamer un chant complexe et contrefait. Qui eût cru que nous marchions sur les brisées de notre coup de foudre ? Nous avons porté ce bagage durant une décennie, émouvants et ténébreux que nous étions.

Il est 13h30 quand nous nous retirons de notre amour. Il y aura des scories. Tu as la beauté abîmée, j’ai la maigreur des sans-appétit. Te souviens-tu, mon bel amour ? Avoir pleuré sur les éclats de vaisselle cassée, avoir attendu au bord de toutes les routes d’Europe, avoir mangé tant de spaghettis, avoir fondu nos désirs sur le sable et s’échouer sur la grève dans un méli mélo pathétique et flamboyant. Le mutisme a recouvert les saisons passées ensemble alors que nous quittions nos vingt ans. Nous avons vagabondé puis avons laissé le silence parler. J’écoutais en boucle Neil Young, tu préférais Dylan. Dans Renaldo et Clara, Ginsberg dit « La vie finit par se lasser de vivre ». Tel fut notre amour déchu, telle fut la tristesse de notre séparation.

Catherine Robert