Journal de bord

Ici sont publiés les articles, comptes-rendus, critiques et billet d’humeurs.

OEdipode rex

À ce propos, je songe à Gide écrivant à Valéry « Et nous sommes si peu nomades, au fond !!! ». Lui, répondait « Il y a entre Gide et moi…quelque chose de l’ordre de la vitabilité, de la faculté de se suivre, de s’adapter instantanément ». Comme le premier, j’ai un pied ici, un pied là. Comme le deuxième, je trouve qu’il n’y a que des lieux de passage.

Excipit de Œdipode rex, Catherine Robert

 

Commencer

« Commencer sans finir a vu l’aube »

Oedipode soufrée – Source Wikipedia

Demain, nous serons des forgerons qui à partir de leurs sensations, perceptions, émotions, œuvreront à composer une histoire. Celle-ci s’articulera autour d’un nomade par excellence, le criquet migrateur.

 

Percevoir le monde

« Affranchissez-vous des vieilles catégories du Négatif (la loi, la limite, la castration, le manque, la lacune), que la pensée occidentale a si longtemps sacralisées comme forme du pouvoir et mode d’accès à la réalité. Préférez ce qui est positif et multiple, la différence à l’uniforme, le flux aux unités, les agencements mobiles aux systèmes. Considérez que ce qui est productif n’est pas sédentaire, mais nomade»

Michel Foucault, préface à L’Anti OEdipe, Gilles Deleuze et Félix Guattari, 1972

J‘aimerais relier mon écriture personnelle à la réflexion sur les ateliers d’écriture. Je travaille sur la mythologie grecque et je croise OEdipe…L’inspiration vient.

Un troubadour qui n’est plus

Daniel Darc, je l’écoute parfois. Aujourd’hui oui.

Son album Crèvecoeur sorti en 2004.

Le mot « nomade »

En grec, οδοσ «odos », la route : qui change de pâturage, qui erre à la façon des troupeaux
ou des pasteurs d’un pâturage à l’autre.

En latin : Membre de tribu de pasteurs itinérants ; peuplades errantes d’Afrique du nord.

«L’habitant du k’sour cultive, à titre de fermier, le jardin du nomade; de son côté, le nomade se charge des troupeaux communs, les mène aux pâturages d’hiver; et, l’été, c’est lui qui va chercher, sur les marchés du Tell, les grains dont l’un et l’autre ont un besoin égal. »

 

Été Sahara, Fromentin, 1857

1540 : Peuple qui n’a pas d’habitation fixe.
1799 : Personne qui n’a pas d’habitation fixe.
1832 : Personne qui ne demeure pas longtemps au même endroit.

Le feu de bois vert sous la cabane nomade du charbonnier

Confidences, Lamartine, 1849

1870 : Insecte hyménoptère, assez commun en France, de la famille des Mellifères, qui ne
vit pas en société, est de taille moyenne et de couleur orangée.

1874 : Animal qui change de lieu selon les saisons.

Repérages

Départ de la gare de Nîmes, marcher comme si c’était la 1ère fois à Nîmes. J’arriverais d’où ? Tarascon, Frontignan, Alès ? J’aiguise mes sens tout en chronométrant mon parcours…Halte à l’Office du Tourisme et dernière étape à l’exposition d’Isabelle Rodriguez qui écrit

«Les ruines accrochent les fantômes au paysage»

Je note la multiplicité de mes idées.

Le paysage est un texte

Depuis la prise de notes inspirantes dans les salles du Muséum de Nîmes à l’écriture Chercher à la source en passant par l’arbre généalogique…telle est la tonalité du rendez-vous des Ateliers de Traverse samedi 06 avril 2019. Écrire des jalons chronologiques et les inscrire en un territoire, s’aider de dictionnaires qui archivent, de mémoire qui s'(am)use et d’inconscient qui vagabonde puisque dans notre vie nocturne, dans nos rêves, nous sommes près de ceux qui sont loin.1

  1. Jean-Bertrand Pontalis, En marge des jours, 2002

Problématiques de l’origine

À quelle question répondre…Comment l’origine ou bien pourquoi l’origine (parlant du monde)? De même pour le langage et la vie. Et qu’en est-il de l’origine de l’immatériel ? La science, la religion et la philosophie n’y suffisent pas. Non pas choisis au hasard, Francis Ponge et Philippe Descola rendent compte d’autre chose.

 

« L’émotion de la provenance »

C‘est Jean-Christophe Bailly qui écrit cela dans son introduction à Le dépaysement, paru en 2012. Il est question de fluidité, de vent dans les branchages et d’absence de racines. Je lis dans le désordre ses mots qui bruissent en moi. Rappelons-nous ces humains qui ont arpenté le territoire et se sont réfugiés dans les grottes qui surplombent la rivière (elles ont gardé trace de leur histoire sur les parois pigmentées). Aujourd’hui, ce que l’on parcourt est un mille-feuilles. Un palimpseste.

Raconter les origines

Plusieurs options pour ce faire:

  • l’arbre généalogique, réaliste ou imaginaire
  • écrire selon une chronologie de la naissance à aujourd’hui ; d’un départ à une arrivée ; d’une rencontre à une séparation – à chaque fois, remonter ou descendre le temps comme on le ferait le long d’un cours d’eau
  • raconter des étapes, jouer avec les repères temporels et/ou spatiaux sans pour autant perdre le lecteur à venir

 

L’origine du monde

Un peu d’étymologie déploie toujours un éventail imaginaire et symbolique.

Origine, mot savant apparu au XVe siècle, est issu de la famille latine oriri, ortus « se lever » (pour les astres) →

  • (soleil) levant
  • source
  • disparaître (avec l’ajout du préfixe ab)

Et c’est de source qu’il est question pour Origine, précédé  – dès le XIIIe siècle puis le XIVe siècle – de original, originel, originalité et originaire

« Je me souviens qu’étant enfant je m’étais formé des idées assez singulières du soleil et du ciel. Je les rapporterai ici, parce que tout sert à l’histoire de l’esprit humain, et que les premiers systèmes des peuples doivent souvent leur origine à des idées d’enfant. »

Harmonies de la nature, Bernardin Henri de Saint-Pierre, 1814

Une histoire de cieux, de peuples, leur mémoire et leur imaginaire, que de pistes à explorer !

Muséum de Nîmes

Vitrine de l’espace Paléontologie, Muséum d’histoire naturelle de Nîmes

Balade matinale jusqu’au 13 Boulevard Amiral Courbet. Là, je découvre le nouvel espace Paléontologie qui explique quand les animaux & l’hom ont paru [et] amène à réfléchir sur la gdeur des espaces, la durée infinie du temps, comme le rature Flaubert avant la version définitive de son Bouvard et Pécuchet, sur lequel seules figurent les phrases suivantes :

« La majesté de la création leur causa un ébahissement, infini comme elle.
Leur tête s’élargissait. Ils étaient fiers de réfléchir sur de si grands objets. »
Je repère des mots inspirants, certains seront utilisés, au hasard ou non.
  • feu
  • migrations
  • outils
  • langage, articulé ou pas
  • sépulture
  • chasse
  • guerre
  • pensée abstraite
  • économie de subsistance

 

Tu planteras les années. En résonance…

Night + Fog (11), Darren Almond, 2007

Tout commence ici, à Anvers quand tu oublies ta chemise blanche près du vieux cyprès chevelu que tu aperçois, déformé, à travers les carreaux de la salle de bain, là où les ombres fluctuent en de sombres gestes, biffures laminées depuis la nuit des temps. À l’arrière plan, une prairie comme un fleuve de pâquerette et de grande berce. Mutation végétale. Élégante calligraphie. Une nature que tu reconfigures – à l’horizontale, à la verticale. Ce que tu as tu.

Résonance, Rouen, mars 2017
Résonance, Rouen, mars 2017

En amont, il y avait les grands résineux dominant un autre parc, devant une maison de maître. Alors, tu rêvais d’un esquif parmi les iris d’eau, de cueillette de pommes d’or, de thé à la menthe à même l’herbe, tu rêvais d’ailleurs. Depuis la fenêtre ouverte sur l’air saturé de rose gris, tu survolais – à même le tronc – les forêts de gymnospermes. Ce n’était pas ici, tout près du bruissement de la Méditerranée, mais en Arizona.Ce que tu as tu. Ton impuissance face aux arbres saillant du sol gelé. Les arbres dénudés en une nuit. La neige lustrée de sépia, mousse spongieuse étirée au sud comme un fil de bave.  Les feuilles mortes piétinées, les blocs rocheux érodés, les cieux couverts de bois et de métal. On piétinera le monde soumis aux maux climatiques. L’humain sans humanité après les avanies humaines. Tu accompagneras le chaos.

Catherine Robert