Quel projet ?

Topologie du surgi et de l’effacé est un hybride qui se veut regard affûté sur le territoire, dans la perspective d’écritures figurées et poétiques.

Issu de l’expérience collective d’ateliers menés à Nîmes par les Ateliers de Traverse et de l’écriture solitaire de Catherine Robert, cette chronique cartographique s’inscrit dans l’héritage littéraire tout en explorant les potentialités numériques.

Topologie du surgi et de l’effacé s’écrit dehors et dedans, tout en minutie et liberté, tantôt dans la solitude tantôt dans la pluralité, au carrefour de l’imaginaire et de la réalité.

Quiconque peut apporter sa contribution (par envoi de textes, images, audios, vidéos inédits) dès lors que sont signifiés un paysage, une expérience singulière et une création originale.

Flashback

Suite au projet Quand rêvent les arbres…, exploration poétique du quartier Chemin bas d’Avignon, à Nîmes, réalisé en 2016-2017, j’ai souhaité renouveler l’expérience de cartographie narrative, désignée cette fois Topologie du surgi et de l’effacé, avec la triple ambition de rendre compte de mes explorations de paysages ; de relater l’expérience des ateliers d’écriture menés sur le territoire local et d’ouvrir le champ  des partenaires via des échanges de productions créatives.

Tu planteras les années. En résonance…

Night + Fog (11), Darren Almond, 2007

Tout commence ici, à Anvers quand tu oublies ta chemise blanche près du vieux cyprès chevelu que tu aperçois, déformé, à travers les carreaux de la salle de bain, là où les ombres fluctuent en de sombres gestes, biffures laminées depuis la nuit des temps. À l’arrière plan, une prairie comme un fleuve de pâquerette et de grande berce. Mutation végétale. Élégante calligraphie. Une nature que tu reconfigures – à l’horizontale, à la verticale. Ce que tu as tu.

Résonance, Rouen, mars 2017
Résonance, Rouen, mars 2017

En amont, il y avait les grands résineux dominant un autre parc, devant une maison de maître. Alors, tu rêvais d’un esquif parmi les iris d’eau, de cueillette de pommes d’or, de thé à la menthe à même l’herbe, tu rêvais d’ailleurs. Depuis la fenêtre ouverte sur l’air saturé de rose gris, tu survolais – à même le tronc – les forêts de gymnospermes. Ce n’était pas ici, tout près du bruissement de la Méditerranée, mais en Arizona.Ce que tu as tu. Ton impuissance face aux arbres saillant du sol gelé. Les arbres dénudés en une nuit. La neige lustrée de sépia, mousse spongieuse étirée au sud comme un fil de bave.  Les feuilles mortes piétinées, les blocs rocheux érodés, les cieux couverts de bois et de métal. On piétinera le monde soumis aux maux climatiques. L’humain sans humanité après les avanies humaines. Tu accompagneras le chaos.

Catherine Robert