Ailleurs

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C’est le propos de 2019, anticipons. Sans tourner le dos aux Lumières que les Ateliers d’écriture ont décliné durant un an, je choisis d’explorer l’Ailleurs ou les Ailleurs – même si je n’ignore point que je manipule un adverbe

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Tu planteras les années. En résonance…

Night + Fog (11), Darren Almond, 2007

Tout commence ici, à Anvers quand tu oublies ta chemise blanche près du vieux cyprès chevelu que tu aperçois, déformé, à travers les carreaux de la salle de bain, là où les ombres fluctuent en de sombres gestes, biffures laminées depuis la nuit des temps. À l’arrière plan, une prairie comme un fleuve de pâquerette et de grande berce. Mutation végétale. Élégante calligraphie. Une nature que tu reconfigures – à l’horizontale, à la verticale. Ce que tu as tu.

Résonance, Rouen, mars 2017
Résonance, Rouen, mars 2017

En amont, il y avait les grands résineux dominant un autre parc, devant une maison de maître. Alors, tu rêvais d’un esquif parmi les iris d’eau, de cueillette de pommes d’or, de thé à la menthe à même l’herbe, tu rêvais d’ailleurs. Depuis la fenêtre ouverte sur l’air saturé de rose gris, tu survolais – à même le tronc – les forêts de gymnospermes. Ce n’était pas ici, tout près du bruissement de la Méditerranée, mais en Arizona.Ce que tu as tu. Ton impuissance face aux arbres saillant du sol gelé. Les arbres dénudés en une nuit. La neige lustrée de sépia, mousse spongieuse étirée au sud comme un fil de bave.  Les feuilles mortes piétinées, les blocs rocheux érodés, les cieux couverts de bois et de métal. On piétinera le monde soumis aux maux climatiques. L’humain sans humanité après les avanies humaines. Tu accompagneras le chaos.

Catherine Robert