Topologie du surgi et de l’effacé

par Catherine Robert

Topologie du surgi et de l’effacé

Topologie du surgi et de l’effacé

par Catherine Robert
Photos : Guillaume Lemarchal, Insula (Nogent-sur-Seine, France), 2005
Comment allier un projet cartographique avec une posture existentielle

 

« La carte ne reproduit pas un inconscient fermé sur lui-même, elle le construit. »

Mille Plateaux, Gilles Deleuze, Félix Guattari, 1980

 


 

En 2009 au FRAC de Normandie, se déploie l’exposition Identité(s) Territorialité(s) où, en vrac, se mêlent les propositions de « poser son regard » et explorer « l’envers du décor » ; les références à L’Enracinement de Simone Weil et Sur la photographie de Susan Sontag ; le tout souligné par la citation d’Anne Cauquelin « il n’y a chez les Grecs Anciens, ni mot ni chose ressemblant de près ou de loin à ce que nous appelons paysage ».

Aussi ai-je beaucoup pensé, écrit et mûri avec ce point d’appui. Et puis-je poser comme hypothèse que la carte est là où elle raconte ce que l’on écrit avec un pinceau de lumière.

J’aime les mathématiques et la psychanalyse
M. C. Escher le ruban de mobius 1963

Des mathématiques, je retiens le concept du ruban de Möbius dont la propriété est l’unilatéralité réalisée par la torsion sur elle-même d’une bande biface. Lacan s’y réfère en distinguant pour un signifiant, un réseau des significations conscientes et inconscientes. Je découpe le paysage comme un langage, en son identité visuelle et acoustique d’une part et son interprétation via les souvenirs, l’imaginaire et la mythologie qui sont miens.

J’aime l’anthropologie et les cabinets de curiosités
Le Museum de Rouen

Un territoire se présente vierge pour des aventuriers à l’autre bout de la Terre et des collectionneurs en leurs cabinets, puis muséums aux siècles passés, leurs passions me séduisent car ils traduisent un ailleurs et un ici, un « Autre » et un « je ». Dès que je suis en quête, éveillée au temps et à l’espace – même si j’y suis passée des centaines de fois. Il s’agit d’explorer. Le surgi, d’essence brève, découpe le temps en sa forme olfactive, sonore, visuelle…Les sens exacerbés par la découverte du monde paradoxalement éloignent du monde inquiétant, opérant un reflux vers les origines qui nous fondent.

Leur terra incognita et mon monde intérieur se superposent.

J’aime les enquêtes et le surréalisme
1968, Michel Cabos

Partir en marche, déchiffrer ce qui advient, juxtaposer les images issues du passé ou fictionnelles, engendrer de ce fait une surréalité, compléter mon arborescence mentale par l’écriture, restituer une grille de lecture sur une carte toujours en chantier.

Avec lenteur, persévérance, silence, accueil du hasard et de l’irrationnel.

J’aime le dépaysement.

J’aime le poncif, le banal et les séries
Série de pigeonniers, Catherine Robert

Technique de report, le poncif devient de routine.

Le rituel est aussi de cette nature mais en apprivoisant ce dernier à sa propre expérience, en récusant toute norme autoritaire, il est intéressant d’étudier les inévitables variations du banal et de les compiler. Dès lors, l’accent est mis sur le processus qui constitue une série.

J’aime Roland Barthes et Gustave Flaubert, David Lynch et le rock
Flaubert, Rouen

Les premiers me précèdent et m’accompagnent dans la recherche de structure, dans la méthodologie de l’enquête sur le terrain, dans la restitution des multiples fragments accumulés. Ils aiment les dictionnaires et les encyclopédies.

Le suivant brasse tout en faisant voltiger la main, la noirceur et la splendeur, il se remue lui-même, traverse et restitue les sons, les mots, les couleurs, les traumas, les doubles voire triple vies, fasciné par les textures et les entrailles, inquiet et exalté.

Quant au rock, il est là depuis ma naissance, il fait rire et pleurer, danser et se souvenir, écrire et rêver.

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